4 décembre 2018 - Conférence "Une histoire ornementale de l'art"

Pour clôturer le cycle de conférences 2018, la Commission royale aura le plaisir de recevoir le mardi 4 décembre prochain à 12h30, Monsieur Thomas GOLSENNE, Maître de conférences en histoire de l’art moderne et culture visuelle à l’Université de Lille, qui nous retracera "Une histoire ornementale de l'art".

L’ornement est partout : il est présent, en ville, dans les squares, sur les fontaines ; il recouvre les murs et les façades de nos maisons, de nos appartements, sous forme de moulures, papiers peints, meubles et bibelots, photos en pêle-mêle et trophées divers ; sur nos vêtements, dessins, motifs, textures et raffinements de couturiers ; sur notre peau, bijoux, maquillage et tatouage. Les enjoliveurs et les chromes de nos voitures, les images sur la couverture de nos livres et de nos disques…

L’ornement est partout, sauf dans l’art. Les artistes détestent être considérés comme des décorateurs. Quand Wassily Kandinsky prend conscience qu’il vient d’inventer la peinture abstraite, un doute effroyable le saisit : Le danger d’un art ornemental m’apparaissait clairement, la morte existence illusoire des formes stylisées ne pouvait que me rebuter. En effet, à quoi pouvait ressembler en 1910 une peinture non figurative si ce n’est à un tapis ou à un papier peint ? Cette manière de penser, de rejeter l’ornement est largement partagée par les artistes d’avant-garde, les critiques et les amateurs d’art du XXe siècle. Elle est plus ancienne. Déjà, en 1863, Eugène Viollet-le-Duc formulait une opposition qui allait devenir une norme du bon goût en art : Qu’importe qu’un ornement soit taillé en pleine pierre s’il ressemble à s’y méprendre à un placage en carton-pâte. Et quel mérite y a-t-il à employer des matériaux admirables pour simuler une décoration que le premier cafetier venu peut faire clouer en plâtre sur sa façade ? Le vrai luxe est celui qui, sous une apparence de simplicité, montre les élégances qu’on ne saurait imiter à l’aide de moyens grossiers. C’est ce que dans le monde on appelle la distinction, une manière d’être sensée, discrète et simple, qui est l’apanage de quelques-uns, indépendamment de la richesse et du rang.

L’art authentique doit être simple et discret ; réservé à une élite culturelle qui partage ce raffinement de dandy, il n’est pas compréhensible de la masse inculte qui ne sait différencier le matériau noble et son ersatz à bas coût, le luxe tape-à-l’œil de la véritable richesse esthétique. Dans cette Europe moderne où les arts industriels et les cultures populaires fleurissent, où les intérieurs des gens modestes accèdent enfin aux plaisirs décoratifs, l’ornement devient, aux yeux des esthètes, la forme symbolique du peuple.

Quand on aime l’art et quand on aime le peuple, on se retrouve ainsi face à un dilemme : ou bien accepter l’élitisme de ses goûts et mépriser la culture populaire, trahissant ainsi ses convictions politiques, ou bien partager les goûts de la majorité, regrettant de sacrifier les chefs-d’œuvre de l’histoire de l’art sur l’autel de la démocratie.

Heureusement, il existe une solution pour sortir de ce dilemme : elle implique d’en contester la validité. Des artistes et des savants ont tenté de réconcilier l’art et l’ornement, de montrer leur unité et par là même de penser et de produire un art populaire. Tâche difficile, tant l’art s’est construit comme une forteresse pour se défendre des tentations ornementales. Mais il est possible aujourd’hui de reconstituer une histoire ornementale de l’art, sur la base de ces exemples et de recherches récentes. Il faut cesser d’opposer beaux-arts et arts décoratifs. Il faut commencer à s’entrainer à penser les fresques de Michel-Ange dans la chapelle Sixtine comme de la décoration…

La participation aux conférences est gratuite et ouverte à tous. Cependant, une inscription préalable est obligatoire. Pour vous inscrire à cette conférence, merci de suivre les instructions décrites en bas de la page reprise sous ce lien.

Renseignements pratiques : de 12h30 à 14h au Vertbois à Liège, siège du secrétariat de la Chambre régionale.