Il était une fois… l’album de cartes postales Erpicum, un témoin issu de la Belle Époque (1ère partie)

En 2006, à l’occasion d’une vente publique, la CRMSF a fait l’acquisition d’un recueil de quelque 630 cartes postales anciennes en vue d’enrichir les collections du Centre d’Archives et de Documentation.

Ces cartes postales sont insérées dans un élégant classeur à couverture cartonnée teintée d’esthétique Art Nouveau et illustrée de trois œillets bicolores, bleu-vert, sur fond de paysage champêtre stylisé. La plupart des vues sont en noir et blanc ; les exemplaires colorisés (1) et ceux développés en sépia (2), en vert ou en bleu (3) s’avèrent rares. Elles proviennent des quatre coins de la Belgique et de l’étranger (Algérie, Allemagne, Canada, Espagne, États-Unis, France, Grand-Duché de Luxembourg, Italie, Norvège, Pays-Bas, Suisse et Turquie). Une analyse permet de différencier plusieurs thématiques : patrimoine architectural, religieux et artistique, monuments commémoratifs, souvenirs d’expositions universelles et internationales ou de fêtes locales, attractions touristiques, lieux de villégiature, sites naturels et paysagers, scènes paysannes et de la vie quotidienne...

1 – Nonceveux. Le Ninglinspo à la Noire heid.
Nonceveux, Hôtel de la Chaudière, [avant 1903].
Carte postale publicitaire colorisée.

2 – Frahan. Vue prise de Rochehaut.
Bruxelles, Éditions Nels, datée 1910.
Carte postale développée en sépia.
3 – Namur. Parc.
Vue sur l’ancien kiosque du parc Louise-Marie à la fin du XIXe siècle.
[s.l.], [s.n.], datée 1899.
Carte postale développée en bleu.

 

Apparu en Autriche en 1869, ce feuillet de correspondance concise, légèrement cartonné, connaît une large diffusion dans la plupart des pays européens dès 1870. Quelques années plus tard, les cartes illustrées publicitaires se multiplient (4-5). La carte postale touristique illustrée prend réellement son essor lors de l’exposition universelle de 1889 à Paris : à cette occasion, une série de cinq spécimens représentant la tour Eiffel est éditée avec un vif succès. Dans les années 1890, la phototypie, procédé peu onéreux pour une impression de qualité, permet la reproduction massive d’un médium en pleine évolution mais non encore démocratisé, la photographie.

4-5 – Houffalize. Hôtel du Luxembourg, dépendance de l’hôtel des Postes. Le jardin.
Houffalize, Édition veuve Philippe & Enfants, [ca 1905-1910].
Recto et verso d’une carte postale publicitaire.
 

Dans les premiers temps, le recto est imprimé de quelques mentions administratives (6) et parfois de la reproduction d’un timbre, tandis que le verso resté vierge est destiné à recevoir le message. Le concept évolue peu à peu : l’illustration apparaît au verso et prend de l’ampleur. Seule la face illustrée peut être utilisée pour la correspondance (7) ; l’autre face est exclusivement destinée à recevoir les nom et adresse du destinataire et facultativement de l’expéditeur. Le tarif d’affranchissement attractif en fait un moyen de communication presque quotidien, utilisé aussi bien pour donner des nouvelles brèves que pour fixer un rendez-vous. La carte postale devient un phénomène social à la portée de tous. Son intérêt documentaire intègre un rôle de diffuseur d’images, une mission journalistique, voire une fonction mémorielle (8) ; il suscite rapidement le désir de collection.

6 – Recto, pas encore divisé en deux, d’une carte postale imprimée avant 1904, qui porte les mentions administratives d’usage.
[s.l.], [s.n.], [s.d.].

7 – Spa. L’orphelinat.
Spa, Papeterie Califice, 1905.
Le Waux-Hall, œuvre de Jacques-Barthélemy Renoz (1729-1786), édifié en 1769-1770, connaît de multiples affectations. Classé dès 1936, sa sauvegarde s’organise à partir de 1981 ; il est intégré à la liste du patrimoine exceptionnel de Wallonie en 1993. 
8 – Dinant. Le quai de Meuse, vieilles Maisons.
ND Phot. [Paris, Neurdein], [s.d.].
Détruites pendant la Première Guerre mondiale, ces maisons seront reconstruites en 1920 par Paul  Jaspar (1859-1945).
 

En France, un arrêté ministériel de 1903 innove et la disposition évolue. Le recto est divisé en deux par un trait vertical. À gauche, la correspondance ; à droite, le destinataire et son adresse. Quant au verso, il est entièrement dévolu à l’illustration. Cette nouvelle présentation fait florès.

L’envoi de cartes postales est une pratique très prisée à la Belle Époque ; elle connaît un véritable âge d’or entre 1900 et 1920. Ces documents nous convient à une promenade centenaire en compagnie de la famille Erpicum…

Monique Merland
avec la collaboration d’Élisa Debaty
Documentalistes

Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter :

Claude Frère, Aline Ripert, La carte postale : son histoire, sa fonction sociale, Paris, CNRS, 2001.

Pierre-Christian Guiollard, La carte postale, un support iconographique essentiel pour les historiens des techniques de la « Belle Époque » : à manipuler toutefois avec précaution, dans Cahiers de la Documentation, 2016/2, p. 33-45.

Nicolas Hossard, Recto-verso : les faces cachées de la carte postale, Paris, Arcadia, 2005.

Roland Racine, L’histoire de la carte postale, dans Association philatélique rhodanienne (APR).

Marie-Claude Scherrer, Gérard Vindt, La carte postale de 1869 à nos jours : histoire d’un lien social, dans Alternatives économiques, n° 260, juillet-août 2007, p. 49-70.