Il était une fois… l’album de cartes postales Erpicum, un témoin issu de la Belle Époque (2e partie)

Au-delà du temps, ce recueil de cartes postales anciennes crée un lien social presque intime avec cette famille. Nous parcourons une correspondance intermittente, échangée durant plus d’un quart de siècle (1899-1926), entre le père Richard Erpicum (1855-1920), conseiller puis premier président de la Cour d’Appel de Liège, son épouse Mathilde (1865-1932), leurs nombreux enfants, les proches et amis... Ces courriers nous permettent de plonger dans leur quotidien familial, de découvrir leurs préoccupations et de suivre leurs déplacements, à l’extérieur comme à l’intérieur du pays, avec une nette prédilection pour les provinces de Namur, de Liège et de Luxembourg.

L’album Erpicum nous donne par ailleurs l’opportunité de pénétrer le monde relativement peu connu des éditeurs de cartes postales, des plus célèbres aux modestes professionnels locaux. À l’instar des livres, cet univers comporte son lot de grands noms. Pour notre pays, épinglons tout particulièrement les frères Nels : Edouard (dit Joseph, 1869- 19..) et Edmond-Gabriel (dit Paul, 1871-19..), qui officient à Bruxelles à partir de 1898 (1), avant d’ouvrir une succursale à Metz en 1902. Entre 1907 et 1912, la célèbre marque passe sous la direction d’Ernest Thill, beau-frère d’Edouard et fidèle comptable qui se porte finalement acquéreur de la société en 1913.

1 – Namur-Citadelle. Théâtre d’été.
Bruxelles, Éditions Nels, datée 1911.
Représentation au théâtre de Verdure, édifié en 1910 par Georges Hobé (1854-1936).
Le complexe du théâtre et du stade des jeux a été classé en 2015.

Citons aussi Théophile de Graeve (1877-1948), basé à Gand, et Gustave Hermans (1856-1934), qui travaille à Anvers, ou encore E. Desaix, éditeur à Bruxelles et à Aywaille (2), Louis Demarteau à Liège, Ch. Delfosse à Barvaux (3), l’imprimeur Defoing à Érezée (4), Louise Duparque à Florenville (5), Eugène Thomas-Dalcq à Couvin, J. Leleu et L. Roman à Namur…

2 – Hasselt – Eglise Notre-Dame.
Aywaille, E. Desaix, datée 1911.
Vue sur le chœur de la basilique Virga Jesse, classée depuis 1980. Son autel majeur, œuvre de Jean Del Cour (1631-1707), provient de l’abbaye de Herkenrode.
3 – Château de Durbuy (Vallée de l’Ourthe).
Barvaux, Ch. Delfosse, [s.d.].
Bâti au XIsiècle par Henri Ier de Namur, comte de Durbuy, il est aujourd’hui la propriété de la famille d’Ursel.
4 – 9. – Erezée – La chapelle Philippin et la drève.
Érezée, Defoing imp., datée 1905.
Le legs de Mlle Caroline Philippin est à l’origine de la fondation de la chapelle Notre-Dame des Affligés érigée en 1873 et de la création de l’hospice d’Amonines en 1885.
5 – Florenville – Derrière l’église – le moulin Marron.
Florenville, Édit. Louise Duparque, [s.d.].
Vue du moulin Marron. À droite, l’ancienne redoute militaire dite « la Poivrière », citée dans un mandement de Louis XIV ; elle est classée depuis 1994. Au second plan, l’église Notre-Dame de l’Assomption, érigée entre 1874 et 1875 par l’architecte provincial Albert Jamot (1808-1874).

Nombre de spécimens belges et étrangers présentent l’estampille ND Phot., des frères Neurdein : Étienne (1832-1918) et Louis-Antonin (1846-1914), des Parisiens de renom qui impriment parfois leurs photographies à la chaîne sur cartes postales sensibilisées (6). La firme Dr. Trenkler Co de Leipzig (7), créée en 1894 par Bruno Trenkler (1863-1926) et active jusqu’en 1928, produit plus de deux millions de cartes postales par semaine ; elle dispose de représentants à Bruxelles, La Haye, Dresde et Hambourg. La grande qualité de ses réalisations est régulièrement récompensée lors d’expositions internationales.

6 – Fête des Fleurs. Taxi fleuri conduit par une cochère.
[Paris], ND Phot. [Neurdein], [s.d.].
Photographie au gélatino-bromure d’argent, imprimée sur un papier format carte postale. Altération visible : miroir d’argent (atomes d’argent qui ont migré en surface, laissant du côté de l’émulsion photographique un reflet argent, bleu ou jaune).
7 – Verviers, Le monument Vieux-temps [sic].
Leipzig, Dr. Trenkler Co, 1904.
Statue du violoniste et compositeur verviétois Henri Vieuxtemps (1820-1881), réalisée en 1898 par Égide Rombaux (1865-1942) et inaugurée sur la place du Congrès, devenue place Vieuxtemps.

Nous n’avons malheureusement pu repérer de spécimen de la célèbre maison londonienne implantée en 1866 par Raphael Tuck (1821-1900), entreprise initialement spécialisée dans la gravure et dont l’expansion hors frontières est menée par ses trois fils, Herman, Adolph et Gustave, qui ouvrent des succursales à Paris, Berlin, Montréal et New York. Nous n’avons pas non plus relevé le nom du maître imprimeur de la carte postale, Albert Bergeret (1859-1932), fondateur, en 1898 à Nancy, de l’Imprimerie artistique de l’Est. Font également défaut deux maisons genevoises : Jullien Frères (1880-1918) dont les associés sont Alexandre V (1854-1925), Louis II (1856-1920), Edouard Jules (1858-1943), Frank Marie (1863-1933) et John II (1873-1928), ainsi que les Éditions Jaeger, fondées par Georges Ernest Jaeger (1887-1965), photographe originaire d’Alsace.

L’album Erpicum a rejoint notre iconothèque et notamment les intéressants albums De Munter – du nom de leur généreuse donatrice –, souvenirs de l’Exposition universelle de Liège en 1905 et du 75anniversaire de l’Indépendance de la Belgique. Notons que le fonds de l’ancien Musée d’Architecture conserve également un vaste ensemble de cartes postales aux origines diverses.

Ces humbles documents prisés des collectionneurs sont de véritables outils de recherche : ils rappellent le mode de vie de nos ancêtres (8) ; ils révèlent l’impact du XXe siècle sur la physionomie de nos contrées ; ils transmettent un patrimoine culturel et témoignent des œuvres de nombre d’architectes, sculpteurs, peintres et graveurs. Ces souvenirs familiaux venus de la Belle Époque sont aujourd’hui promus au rang d’archives iconographiques.

8 – Laitière flamande.
Gand, Héliotypie De Graeve, datée 1911.
Les chiens ont longtemps participé au travail de nos ancêtres ‒ fermiers, maraîchers, boulangers, blanchisseuses… ‒ ou aux dangers de la guerre aux côtés des soldats mitrailleurs.
Monique Merland
avec la collaboration d’Élisa Debaty
Documentalistes

 

Pour en savoir plus, nous vous invitons à consulter :

Livio Fornara, Francis Jaeger, Serge Rebetez, Familles d’images : les Jaeger, éditeurs de cartes postales à Genève, Genève, Musées d’Art et d’Histoire, 2004.

Pierre-Christian Guiollard, La carte postale, un support iconographique essentiel pour les historiens des techniques de la « Belle Époque » : à manipuler toutefois avec précaution, dans Cahiers de la Documentation, 2016/2, p. 33-45.

Marie-Claude Scherrer, Gérard Vindt, La carte postale de 1869 à nos jours : histoire d’un lien social, dans Alternatives économiques, n° 260, juillet-août 2007, p. 49-70.

https://tresorsdelacademie.be/fr/cartes-postales?page=1

https://www.doaks.org/research/library-archives/dumbarton-oaks-archives/collections/ephemera/names/

https://cartes-postales-nels.com/

https://tuckdb.org/history