Ce nouveau volume du Bulletin propose au lecteur cinq articles démontrant une fois de plus combien le patrimoine wallon est riche et varié, faisant l’objet de nombreuses études scientifiques passionnantes.
Il s’ouvre avec l’article intitulé Première approche formelle du collège apostolique baroque de la collégiale Saint-Vincent de Soignies. Sarah Collard, historienne de l’art et archéologue de l’Université catholique de Louvain, y analyse stylistiquement et morphologiquement les douze sculptures d’apôtre en bois de tilleul monochromé, qui étaient initialement situées sur les piliers et colonnes de la nef centrale de l'église. Ce travail, réalisé dans le cadre de son mémoire de fin d’étude, lui a permis d'identifier au moins quatre sculpteurs différents. Un maitre principal se distingue, responsable de neuf sculptures réparties en trois groupes, lesquels reflètent différentes phases de son art. L’identité des créateurs restant à ce jour inconnue, l’auteure espère pouvoir élucider cette énigme dans le cadre de sa recherche doctorale actuelle portant sur les sculpteurs hennuyers des XVIIe et XVIIIe siècles.
C’est ensuite le patrimoine industriel qui est documenté avec l'article d'Antoine Baudry, docteur en histoire, histoire de l’art et archéologie : Un fragment d’histoire industrielle en Ourthe-Amblève : la carrière Julémont à Comblain-au-Pont, de l’exploitation de petit granit à l’élevage d’escargots (1840-1946). Cette carrière de petit granit fut d'abord développée par l'entrepreneur Mathieu Franck de 1840 à 1885. Rachetée en 1900 par les frères Julémont, ils l’exploitent jusqu’en 1926-1927. L’activité s’y poursuit ensuite vaille que vaille jusqu’après la Seconde Guerre mondiale, époque à laquelle le site est abandonné. N'ayant jamais été fortement industrialisé, ce dernier est aujourd'hui un vestige rare de l’industrie extractive traditionnelle de nos régions. Pour appréhender son sujet, l’auteur a bénéficié d’une archive inhabituelle : les mémoires de Jeanne Julémont, fille d'un exploitant. Ce document a enrichi son étude, en offrant un témoignage humain sur la vie de la carrière, ses difficultés logistiques et les tentatives de reconversion, comme l'éphémère élevage d’escargots !
Élisa Havard, architecte de l’Université de Liège, emmène, quant à elle, le lecteur à la découverte des évolutions architecturales d’un site castral : Entre ruines, restaurations et réemplois : le château de Seraing-le-Château du Moyen Âge à aujourd’hui. Étudié à l’occasion du mémoire de l’auteure, ce bien a multiplié les propriétaires et connu plusieurs événements dramatiques (un siège et deux incendies), ce qui explique les nombreuses transformations qu’il a subies. Madame Havard revient sur l’historique du château, analyse son développement matériel du XIIIe à la fin du XVIIIe siècle et met l'accent sur la grande campagne de remaniement entreprise au XIXe siècle par l'architecte liégeois Laurent Demany, qui ancra le château dans un style néo-gothique historiciste. Elle évoque enfin les spolia, éléments architecturaux réemployés dans la construction d’autres édifices, notamment le château de Saulchoy à Soignies.
Avec son article Les premières années de l’institut pharmaceutique de Liège (1882-1883) : réception, entretien et réparations à la fin du XIXe siècle, Astrid Schreurs, architecte de l’Université de Liège, explore l’œuvre de Lambert-Henri Noppius. Ce bien, situé au sein du Jardin botanique, fait partie des huit écoles scientifiques – les instituts Trasenster – construites par l’Université de Liège pour moderniser ses installations. De style néoclassique, le bâtiment abritait un grand laboratoire avec une charpente métallique de type Polonceau et intégrait des technologies invisibles. Après le chantier, des problèmes techniques se manifestèrent rapidement. Grâce à une approche archivistique et matérielle, Madame Schreurs évoquent ces difficultés, qui ont donné lieu à des controverses administratives et financières entre l'État, la Ville de Liège et l'Université, soulignant la complexité du partage des responsabilités et le manque d'anticipation des besoins d'entretien et de réparabilité. D’abord menée dans le cadre d’un travail de fin de master, cette recherche sur l’institut pharmaceutique est aujourd’hui amplifiée dans le contexte d’une thèse, qui constituera une analyse holistique de l’édification des six instituts Trasenter conçus par Noppius.
L’année 2025 a vu l’organisation des premières Journées de la Protection et de la Restauration, organisées par l’AWaP. Pour cette édition inaugurale, consacrée au patrimoine du XXe siècle, l’Administration du Patrimoine a travaillé en collaboration avec la Cellule Archi de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Le dernier article de ce Bulletin résume la communication que Mathieu Bertrand, Président de la C.R.M.S.F., a faite à cette occasion : Le patrimoine du XXe siècle. Analyse critique des outils de protection. Face aux destructions et à la menace de destruction de nombreux biens de cette période, l'auteur souligne la nécessité d'une approche plus structurée. L'architecture du XXe siècle, caractérisée par sa récence et de multiples ruptures – notamment stylistiques, techniques, programmatiques – met les outils traditionnels de classement – basés sur l'authenticité, la rareté, l'intégrité et la représentativité – à rude épreuve. Une fois protégée se pose la question de la manière de restaurer cette production spécifique. Monsieur Bertrand souligne avec enthousiasme l’établissement récent d’une liste de jalons (300 projets identifiés), que la C.R.M.S.F. considère comme une première étape à poursuivre et amplifier.
Ce tome du Bulletin de la Commission royale est en vente via la boutique en ligne.