Il était une fois... Jean François, l’architecture et le paysage

 

Pour construire en Ardenne, la modestie est plus nécessaire que le talent.
Jean François (1962)

 

Notre Centre d’Archives et de Documentation conserve le fonds Jean François (1903-1977), issu des collections de l’ancien Musée d’Architecture de Liège. Dix-huit dossiers d’architecture et d’urbanisme concernent la (re)construction ou transformation de maisons individuelles à Huy, Eben-Emaël, Flémalle-Grande, Namur, Tellin, la réalisation de barrages (celui de la Vesdre à Eupen et celui de l’Ourthe à Nisramont), mais également la remise en place de la porterie de l’abbaye du Val Benoît, les restaurations du Musée de Herstal, l’édification d’un établissement scolaire à Perulwez ou encore des plans particuliers d’aménagement à Hamoir… L’ingénieur architecte nous a par ailleurs laissé les cours, illustrés de sa main, qu’il a dispensés à la faculté des sciences appliquées de l’Université de Liège, ainsi que des notes définissant les styles de l’architecture civile et privée au pays de Liège, initialement développées par son prédécesseur Albert Puters. Ses dossiers et quelques-unes de ses publications rendent également compte de ses observations et de ses réflexions quant aux relations entre paysage et architecture, aux plans des lotissements, aux prescriptions urbanistiques, aux chalets, à l’intégration des constructions aux sites et aux notions d’esthétique appliquées aux bâtiments industriels.

Sa vocation de peintre paysagiste lui a ouvert les yeux. Son combat pour sauver le visage de l’Ardenne débute peu après la Seconde Guerre mondiale. Membre de la CRMS dès 1946, Jean François affirme la primauté du paysage et prône la nécessité d’une doctrine incluse de manière explicite aux plans d’aménagement. Son but : éviter toutes constructions perturbatrices voire offensantes du paysage, résister au goût mal éduqué de nombreux clients, recadrer les mauvais compositeurs qui ont une peur panique de la surface calme et du volume simple. Un essai de rédaction de prescriptions urbanistiques voit le jour en 1962.

En 1971, il analyse L’architecture sans architecte et en dénonce quelques déviations  esthétiques. Sous l’impulsion de la CRMS, il s’attache ensuite, avec trois collègues, à la rédaction de Conseils pour restaurer une maison campagnarde. L’exposition itinérante consacrée à La maison wallonne en site rural lui donne l’opportunité de partager son analyse des différents types d’architecture traditionnelle. Il souligne la simplicité des volumes et l’intégration aux sites. Il attire l’attention sur des exemples d’adaptations réussies et épingle quelques modernisations regrettables. Il fait l’éloge du mimétisme et de l’harmonie de quelques maisons contemporaines admirablement intégrées. Sans nul doute, des pistes à explorer en vue de futurs classements…

                                                                                                                      Monique Merland
                                                                                                                      Documentaliste
 
 

L’album Dessins d’architecture wallonne, publié en 1976, est un recueil de ses dessins exécutés entre 1942 et 1955, confrontés à des photographies récentes ; fruit d’une collaboration non concertée entre Jean François, professeur émérite, et les membres de la section d’architecture de l’Université de Liège, la publication livre aussi quelques commentaires sur la conservation des biens, leur restauration, les erreurs qui auraient dû être évitées.